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Orkish et le Noir Parler- langage basique pour des intentions basiques

I: Orkish

Concernant le langage des Orcs dans les Jours Anciens "il est dit qu'ils n'avaient pas de langage propre, mais prenaient ce qu'ils pouvaient des autres langues, et les pervertissaient à leur goût, mais ils faisaient seulement des jargons brutaux, à peine suffisants pour leurs propres besoins, à moins qu'ils le furent pour des malédictions et des forfaitures" (SdA Appendice F). Un exemple de "ce qu’ils pouvaient pervertir des autres langues" peut être trouvé dans UT:92, où nous apprenons que Golug était un nom Orkish des Noldor, clairement basé sur le Sindarin Golodh pl. Gelydh et apparemment une distorsion arbitraire du mot Elfique. Cependant, il est aussi dit que Morgoth, le premier Seigneur Sombre (Noir), "avait fait un langage pour ceux qui le servaient " (VT39:27).

Au temps de Frodon, la situation linguistique était inchangée: "Les orcs et les goblins avaient leurs propres langages, aussi hideux que toutes les choses qu’ils faisaient ou utilisaient, et puisque quelque restes de bonne volonté, de pensée et de perception réelle sont requis pour conserver une base de langage vivante et utile même pour des intentions basiques, leur langues étaient sans cesse diversifiées en forme, comme ils était mortellement monotones en signification, aisé seulement dans l’expression d’abus, de haine ou de peur" (PM:21). En fait "ces créatures, étant remplies de malice, haïssant même leur propre espèce, développèrent autant de dialectes barbares qu’il y avait de groupes ou d’établissements de leur race, ainsi leur langage Orkish était de peu d’utilité pour eux dans les rapports entre les différentes tribus" (SdA Appendice F). D’où le fait qu’il n’y avait pas un unique langage "Orkish" que nous puissions analyser. La seule chose qui semble être vrai pour tous les langages Orkish de tous temps était qu’ils étaient "hideux et fous et diamétralement opposés aux langages des Q[u]endi" (LR:178). En fait "les Orcs et les Trolls parlaient comme ils le voulaient, sans amour des mots ou des choses" (Appendice F). D’où leur attitude envers le Langage était totalement différent de celle des Elfes, qui aimaient et cultivaient leurs langues. Tolkien était lui-même un philologue, ce qui implique littéralement amoureux ou ami des mots, et dans son monde inventé, l’absence totale d’amour du langage ne pouvait qu’être une caractéristique du mal.

La diversité et la mutabilité des langues Orkish étaient bien sûr un obstacle pour le Pouvoir Noir qui utilisait des Orcs comme troupes d’assaut.

Ainsi dans l’intention d’une administration efficace (sc. totalitarisme absolu), Sauron prit le temps de faire un Esperanto pour ses serviteurs. En faisant cela il imitait apparemment son premier Maître Morgoth, comme il est évident dans VT39:27 cité ci-dessus.

II: Le Noir Parler

"Il est dit que le Noir Parler fut conçu par Sauron dans les Années Sombres," nous informe l’Appendice F, "et qu’il avait désiré en faire le langage de tous ceux qui le servaient, mais il échoua. Du Noir Parler, cependant, furent dérivés beaucoup de mots qui, au Troisième Age, étaient très répandus parmi les Orcs, comme ghâsh feu, mais après la première défaite de Sauron, ce langage dans son ancienne forme fut oublié de tous sauf des Nazgûls. Quand Sauron s’éleva de nouveau, il devint encore une fois le langage de Barad-dûr et des capitaines du Mordor." Plus tard, il est établi que les Olog-hai, la race déchue des Trolls élevée par Sauron au Troisième Age, ne connaissaient pas d’autre langue que le Noir Parler Barad-dûr. Olog-hai était lui-même un mot en Noir Parler. Le terme "Noir Parler" ne peut pas avoir été le propre nom que Sauron donna à son langage, mais plutôt un nom de mépris donné par  d’autres. D’un autre côté, le nom en Noir Parler de Barad-dûr était Lugbúrz, signifiant Tour Noire juste comme le nom Sindarin, ainsi peut-être que Sauron lui-même aimait en réalité être associé aux ténèbres et utilisait le noir comme couleur officielle. Il semble certain que c’était la couleur dominante des uniformes de ses soldats.

Tolkien lui-même n’aimait pas du tout le Noir Parler. Un admirateur lui envoya un gobelet de métal, mais à sa grande déception, il était "sculpté avec les terribles mots vus sur l’Anneau. Je n’ai bien sûr jamais bu dedans, mais je l’ai utilisé comme cendrier " (Letters:422). Il partageait évidemment l’opinion des Elfes et des Hommes du Troisième Age, qui ne pensaient pas plus de bien du Noir Parler qu’ils ne pensaient des autres langues utilisées par les Orcs: "Ils était si remplis de cruauté, de sons hideux et de vils mots que d’autres bouches les trouvaient difficiles à cerner, et fort peu de gens en fait voulaient en faire l’expérience" (PM:35). Etant donné qu’il n’y a pas de standards objectifs pour déterminer ce qui constitue un son "rocailleur et hideux" ou un mot "vil", ces affirmations doivent être vues comme subjectives, reflétant un préjudice général contre toutes les choses des Orcs et toutes les choses provenant de Sauron (bien que l’on puisse arguer bien sûr que ce préjudice était mille fois mérité). Il est difficile de pointer précisément les "sons rocailleux et hideux". Le Noir Parler possède les occlusives b, g, d, p, t, k, des spirantes th, gh (et peut-être f et kh, attestés dans les noms d’Orcs seulement), un l latéral, une vibrante r, des nasales m, n, et des sifflantes s, z, sh. Ceci peut ne pas être une liste complète, étant donné notre petit corpus. Les voyelles sont a, i, o, u; la voyelle o est censée être rare selon Tolkien. Le Noir Parler ne semble pas utiliser le e. Les longs â et û sont attestés (ce dernier étant écrit aussi ú, mais An Introduction to Elvish p. 166-167 a probablement raison de supposer que ceci est simplement une orthographe inconséquente de la part de Tolkien). Il y a au moins une diphtongue, ai, et au apparaît dans un nom d’Orc. (Comme on ne sait pas exactement à quel langage appartiennent de tels noms, nous ne nous en occuperons pas ici.)

Qu’est-ce que qui donc était perçu comme déplaisant par les Elfes? Il est établit que les Orcs utilisaient un r uvulaire, comme le R qui est commun en français et en allemand, et que les Eldar trouvaient ce son désagréable. Il a été suggéré que ceci était la prononciation standard du r en Noir Parler ancien (An Introduction to Elvish p. 166). Le Noir Parler a aussi certains groupes consonantiques qui n’apparaissent pas en Sindarin contemporain: sn, thr, sk initialement et rz, zg finalement. Quelqu’en soit la cause, le langage était généralement perçu comme singulièrement rocailleux: Quand Gandalf cita l’inscription sur l’Anneaux pendant le Conseil d’Elrond, "le changement dans la voix du magicien était stupéfiant. Soudain il devint menaçant, puissant, rocailleux comme la pierre. Un ombre semblait passer sur le soleil et le porche s’obscurcit pendant un moment. Tous tremblaient, et les Elfes pointèrent leurs oreilles" - quelle réaction! La conclusion était que ceci était largement basé sur la haine de toute chose "sous l’Ombre" plutôt que quelque laideur inhérente au Noir Parler lui-même.

D’où venait le vocabulaire du Noir Parler? Certainement que Sauron n’avait pas plus "d’amour des mots ou des choses" que ses serviteurs n’en avaient, et on peut bien penser qu’il inventa simplement des mots arbitrairement. Ceci peut être vrai dans quelques cas, mais il semble qu’il piqua aussi des mots de beaucoup de sources, même dans les langages Elfiques: "Le mot uruk qui apparaît en Noir Parler, créé (dit-on) par Sauron pour servir de lingua franca pour ses sujets, fut probablement emprunté par lui aux langues Elfiques des temps anciens" (WJ:390). Uruk peut être similaire au Quenya urco, orco ou au Sindarin orch, mais il est identique à l’ancienne forme Elfique *uruk (variantes *urku, *uruku, alors que Q urco, et *urkô, d’où peut-être S orch). Mais comment Sauron pouvait-il connaître le Quendien Primitif? Etait-ce lui qui prit soin des Elfes que Morgoth captura à Cuiviénen, et peut-être même lui le responsable du "génie génétique " qui les transforma en Orcs? En tant que Maia, il aurait facilement interprété leur langue (WJ:406). Pour les premiers Elfes, Morgoth et ses serviteurs auraient été *urukî ou "horreurs", parce que la signification originale du mot était vague et générale, et Sauron peut avoir été enchanté d’apprendre aux Elfes capturés qu’ils étaient devenus eux-mêmes des *urukî. Dans cet esprit, le mot évidemment choque.

Mais il y avait aussi d’autres sources pour le vocabulaire du Noir Parler. Le mot pour "anneau" était nazg, très similaire à l’élément final dans le mot Valarin mâchananaškâd "l’Anneau du Destin" (WJ:401, écrit ici un peu différemment). Etant un Maia, Sauron aurait connu le Valarin; cela pourrait être en fait sa "langue maternelle", pour utiliser le seul terme disponible. S’il semble être blasphématoire de suggérer que la langue des Dieux peut avoir été un ingrédient dans le Noir Parler de Sauron, "très rocailleux et plein de sons hideux et de vils mots", on doit se souvenir que selon Pengolodh, "l’effet du Valarin sur les oreilles Elfiques n’était pas plaisant" (WJ:398). Morgoth, étant techniquement un Vala, doit avoir connu le Valarin (ou au moins en avoir ramassé des bribes durant le temps où il était captif à Valinor). Selon LR:178 il l’apprit à ses esclaves sous une forme "pervertie". S’il en est ainsi, le Valarin naškâd "anneau" peut avoir produit nazg dans un dialecte Orkish du Second Age, duquel Sauron le prit.

Qu’arrive-t-il au Noir Parler après la chute de Sauron? Dans des formes toujours plus abâtardies il a pu subsister pour un temps parme quelques uns des ses anciens sujets. Même aujourd’hui, il n’est pas complètement mort.

Le corpus analysé

"L’inscription sur l’Anneau était en ancien Noir Parler," L’Appendice F nous informe, "alors que la malédiction de l’orc du Mordor...était dans une forme plus abâtardie utilisée par les soldats du Pouvoir Sombre, de qui Grishnâkh était le capitaine. Sharku [sic, lire sharkû?] dans cette langue signifiait veil homme." (Est-ce que "cette langue" signifiait Noir Parler comme tel ou une forme abâtardie? Le libellé n’est pas parfaitement clair, mais probablement que c’était une forme abâtardie. Dans une note de bas de page dans le SdA3/VI ch. 8, sharkû – l’origine du surnom de Sarumane Sharkey – est censé être "Orkish".)

Notre unique exemple de pur Noir Parler, donc, est l’inscription sur l’Anneau: Ash nazg durbatulûk, ash nazg gimbatul, ash nazg thrakatulûk agh burzum-ishi krimpatul. "Un Anneau pour les gouverner tous, Un Anneau pour les trouver, Un Anneau pour les amener tous et dans les Ténèbres les lier." (SdA1/II ch. 2) Nazg est "anneau", aussi vu dans Nazgûl "(Spectres) Serviteur(s) de l’Anneau". Ash est le chiffre "un", agh est la conjonction "et", étrangement similaire au scandinave og, och. Burzum est "ténèbre", incorporant évidemment le même élément búrz, burz- "sombre" que dans Lugbúrz "Tour Noire (sombre)", le nom en Noir Parler que le Sindarin traduit Barad-dûr. D’où, le -um de burzum doit être un suffixe abstrait pour dériver un nom à partir d’un adjectif. Burzum a un suffixe ishi "dans". Dans la transcription, il est séparé de burzum par un trait d’union, mais il n’y a rien de correspondant dans l’inscription en Tengwar sur l’Anneau, ainsi ceci peut être considéré soit comme une postposition soit comme une terminaison locative. (Il est remarquablement similaire au Quenya -ssë et peut supporter la théorie avancée par Robert Foster dans son Complete Guide to Middle-earth, que le Noir Parler était dans une certaine mesure basé sur le Quenya et en était une perversion. L’élément burz- "sombre" est aussi vaguement similaire à la racine Elfique pour "noir", MOR.) Bien que burzum-ishi soit traduit "dans la ténèbre (en français plutôt les ténèbres)", ceci ne semble pas être quoi que ce soit de correspondant à l’article "le/la/les", à moins qu’il soit incorporé d’une certaine manière dans ishi. Mais c’est la preuve que le Noir Parler ne fait pas de distinction entre les noms définis et indéfinis; voir ci-dessous.

Dans le mot durbatulûk "pour les gouverner tous" les morphèmes peuvent peut-être être segmentés de cette manière durb-at-ul-ûk "gouverner-pour-les-tous" (l’alternative est durb-a-tul-ûk, mais les suffixes des modèles voyelle-consonnes créent un système plus ordonné; souvenez-vous que nous travaillons sur un langage construit). De la même manière nous avons gimb-at-ul "trouver-pour-les", thrak-at-ul-ûk "amener-pour-les-tous" et krimp-at-ul "lier-pour-les". Des verbes avec la terminaison -at sont traduits par des infinitifs en français: durbat, gimbat, thrakat, krimpat = "gouverner, trouver, amener, lier". D’où nous parlons de verbes en -at comme infinitifs, bien qu’il puisse aussi y avoir une forme spécialisée "intentive" indiquant l’intention: L’Anneau fut fait de manière à, dans l’intention de gouverner, trouver, amener et lier les autres Anneaux de Pouvoir. Le Noir Parler n’emploie pas seulement un suffixe -ul pour exprimer "les", mais aussi, et plus remarquablement, un suffixe plutôt que un mot séparé pour exprimer "tous": -ûk.

Puis il y a la malédiction de l’orc du Mordor: Ouglouk u bagronk sha pushdug Saruman-glob búbhosh skai (SdA2 III:3). Dans PM:83, ceci est traduit "Ouglouk au puisard, sha! La saleté des excréments; le grand Sarumane fou, skai!" (Il existe aussi une autre traduction; voir ci-dessous.) Ceci est censé être une forme "abâtardie" de Noir Parler, mais c’est aussi difficile pour nous de dire comment cela diverge du standard original de Sauron. Le son o est utilisé trois fois, bien qu’on nous ait dit que "en Noir Parler [original?], o était rare". Mais le son u est utilisé cinq fois (sans compter le nom Humain de Sarumane), ainsi cela ne peut simplement être dû au fait que le u soit devenu o dans ce dialecte Orkish. Tolkien ne dit pas que le o était absent en Noir Parler (cf. le mot Olog-hai ci-dessous).

Les observations suivantes peuvent être faites: Sha et skai sont évidemment simplement des interjections de mépris; elles ne sont pas traduites. Des composés formés de deux noms ont leur élément principal à la fin, comme en Quenya: d’où "Sarumane fou" est Saruman-glob plutôt que **glob-Saruman. (D’où bag-ronk = "puisard" et push-dug = "excrément-saleté", peut-être en segmentant les éléments des composés de manière plus probablement – mais bien sûr ce pourrait être aussi ba-gronk ou bagr-onk, pushd-ug ou pu-shdug). Des adjectifs suivent le nom qu’ils décrivent: "le grand Sarumane fou" est Saruman-glob búbhosh plutôt que *búbhosh Saruman-glob (cf. aussi Lugbúrz *"Tour sombre", *Lug Búrz étant écrit en un seul mot). La traduction emploie trois fois l’article  défini le, mais n’a pas d’équivalent dans les mots Orkish (u doit être la préposition "vers"). Ceci suggère que le Noir Parler ne fait pas la distinction entre les noms définis et indéfinis (ce qui n’est pas un défaut en soi, puisque c’est aussi le cas dans des langages majeurs comme le russe et le chinois). Il est moins probable que la racine nue du nom soit par défaut la forme définie, parce que dans ce cas ash nazg devrait se traduire par "lit : le un anneau (=l’anneau unique)", et pas "un anneau". (D’un autre côté, Gandalf présente sa traduction de l’Inscription de l’Anneau avec les mots "ceci dans la Langue Commune est ce que cela dit, à peu près", un terme qui suggère que la traduction n’est pas précise à 100 %. En théorie c’est en outre une traduction d’une traduction, puisque Tolkien plus tard traduisit la version en Langue Commune apparaissant dans le Livre Rouge en anglais...) Nous notons qu’une préposition u "vers" est utilisée, indiquant que le Noir Parler a des prépositions ainsi que des postpositions comme ishi (ou est-ce un des points où cette forme "abâtardie" de Noir Parler diffère du standard de Sauron? Est-ce que "vers le puisard" pourrait être *bagronk-u en pur Noir Parler Sauronien?)

Une traduction toute différente de la malédiction Orkish a été publiée dans Vinyar Tengwar: "Ouglouk vers la fosse à excréments avec la saleté de Sarumane puant, intestins de cochon, gah!" Cette traduction semble être postérieure à celle mentionnée ci-dessus. Il semble que Tolkien ait oublié la traduction originale et en fit simplement un nouvelle. Nous choisissons d’accepter la traduction donnée dans PM:83 comme la pertinente, bien que ce choix est, il faut en convenir, arbitraire.

Excepté pour l’inscription sur l’anneau et la malédiction, le corpus consiste en peu de chose de plus que les mots Olog-hai et Uruk-hai, désignant les races créatures spécialement acharnées et belliqueuses évidemment développées et élevée par Sauron: des variétés de Trolls et d’Orcs, respectivement. Hai évidemment désigne une peuple ou une race.

Il est remarquable que le mot Nazgûl soit utilisé dans un sens singulier et pluriel. Peut-être qu’un nom simple n’est ni singulier, ni pluriel. Mais a un sens général et générique, et quelques qualificateur comme ash "un" ou hai "peuple" est ajouté si la signification doit être spécifiée davantage. Ainsi en faisant les énoncés au sujet des Serviteurs de l’Anneau (Spectres de l’Anneau)en général, il peut être bien de dire simplement Nazgûl, mais un Serviteur de l’Anneau spécifique est *ash Nazgûl (signifiant peut-être soit "un certain Serviteur de l’Anneau "/"un Serviteur de l’Anneau" ou "le un Serviteur de l’Anneau (le Serviteur de l’Anneau  unique"). La "race" entière ou catégorie de Serviteurs de l’Anneau peut être spécifiquement *Nazgûl-hai. Mais tout ceci n’est que pure spéculation. Nous n’avons jamais vu le mot Nazgûl dans un contexte Noir Parler.

(Pour une analyse indépendante de grammaire en Noir Parler, voir l’article Une seconde opinion sur le Noir Parler par Craig Daniel.)

Liste de mots en Noir Parler

Les noms d’Orc, les significations desquels est inconnue, sont exclus. NPA signifie "Noir Parler abâtardi" et en effet des mots marquants tirés de la malédiction de l’orc du Mordor, excepté dans le cas de sharkû. Bien sûr, quelques uns de ces mots peuvent ne pas différer de leur forme en Noir Parler purement Sauronien. Nous ne le saurons jamais.

agh "et"
          ash
"un"
          -at suffixe infinitif, ou peut-être un suffixe "intentif" spécialisé indiquant l’intention: Ash nazg durbatulûk "un Anneau pour les gouverner tous"
          bagronk
(NPA) "puisard", peut-être bag+ronk "vider+lac, étang"
          búbhosh
(NPA) "grand"
          búrz
"sombre", (isolé de Lugbúrz, q.v.), burzum "ténèbre"
          dug
"saleté, crasse", peut-être isolé de pushdug, q.v.
          durb-
"gouverner", infinitif durbat, seulement attesté avec des suffixes: durbatulûk "pour les gouverner tous". Le verbe durb- est remarquablement similaire au Quenya tur- de même signification.
          ghâsh
"feu" (censé être dérivé du Noir Parler, pourrait ou ne pourrait pas représenter la forme originale du mot de Sauron)
          gimb-
"trouver", infinitif gimbat, seulement attesté avec un suffixe pronominal: gimbatul, "pour les trouver"
          glob
(NPA) "fou"
          gûl
"chacun des plus important serviteurs de Sauron dominé entièrement par sa volonté" (A Tolkien Compass p. 172). Traduit "spectre(s)" dans le composé Nazgûl, "Spectre(s) de l’Anneau".
          hai
"peuple", dans Uruk-hai "Peuple Uruk" et Olog-hai "Peuple Troll"; cf. aussi Oghor-hai.
          ishi
"dans", une postposition suffixée: burzum-ishi, "dans les ténèbres".
          krimp-
"lier", infinitif krimpat, seulement attesté avec un suffixe pronominal: krimpatul, "pour les lier"
          lug
"tour". Isolé de Lugbúrz, q.v.
          Lugbúrz
la Tour Sombre (Noire), en Sindarin Barad-dûr (Lug-búrz "Tour-sombre")
          nazg
"anneau": ash nazg "un anneau", Nazgûl "Anneau-serviteur(s) (spectre(s))"
          Nazgûl
"Anneau-Serviteurs(s) (spectre(s))", nazg + gûl (q.v.)
          Oghor-hai
"Drúedain" (UT:379; ceci peut ou peut ne pas être du pur Noir Parler)
          olog
une variété de Trolls apparemment développés par Sauron. Olog-hai "Peuple Olog ".
          pushdug
(NPA) "saleté d’excrément", peut-être push+dug "excrément+saleté"
          ronk
(NPA) "lac, mare", peut-être isolé de bagronk, q.v.
          skai
(NPA) interjection de mépris
          sha
(NPA) interjection de mépris
          sharkû
(NPA?) "vieil homme"
          snaga
"esclave" (Peut être NPA.) Utilisé par des races inférieures d’Orcs (WJ:390).
          thrak-
"amener", infinitif thrakat, seulement attesté avec des suffixes: thrakatulûk "pour les amener tous"
          u
(NPA) "vers"
          -ûk "tous", suffixé aux suffixes pronominaux: -ulûk, "eux tous"
          -ul suffixe pronominal "eux/les".
          -um dans burzum suffixe pour dériver un nom à partir d’un adjectif
          uruk
une grande variété d’Orcs. Selon WJ:390, Sauron emprunta probablement ce mot "aux langues Elfiques des temps anciens"

APPENDICE: Est-ce que le Noir Parler était basé sur l’Hittite/Hourrite?

L’historien Alexandre Nemirovsky, qui est spécialisé dans l’histoire des Hittites et des Hourrites qui vivaient à la fin de l’Âge de Bronze, croit que le Noir Parler de Tolkien peut avoir été inspiré par les langages de ces anciens peuples. Comme nous le savons, quelques uns des langages inventés de Tolkien étaient définitivement influencés par des langues préexistantes; il est bien connu que le Quenya et le Sindarin furent à l’origine inspirés par le finois et le gallois, respectivement. Ce qui suit est une version légèrement éditée de l’argument que Nemirovsky m’envoya; il m’a gentiment accordé la permission de l’utiliser ici:

1. Sur le morphème ûk. Comme c’est un suffixe, pas un mot (Tolkien écrit tous les mots séparément dans sa translittération), il peut difficilement exprimer "tous". C’est parce que "tous", étant un pronom, resterait, je pense, un mot séparé. Je propose d’identifier ce ûk en tant que suffixe verbal avec la signification de accomplissement complet de l’action exprimée par la racine verbale, pour que littéralement il soit traduit par "complètement", ce qui correspondrait bien à la traduction "tous", parce que "les gouverner complètement" et "les gouverner tous" signifie la même chose dans ce contexte.

2. Les principaux traits de grammaire: les cas sont exprimés par des postlogs (ishi); seul le cas nominatif n’a aucune terminaison (nazg); la plus importante caractéristique à mon avis est le pronom personnel nommant l’objet d’une action transitive est inclue dans la forme verbale seulement. Il ne reste pas de mot séparé. De plus, quelques suffixes verbaux peuvent même venir après lui dans un tel cas (racine + ul "les" + ûk "complètement, jusqu’à la toute fin"). En d’autres mots, nous voyons un langage ergatif agglutinant - ex. un langage de type non-Indo-Européen, complètement étranger à quasiment tous les autres, et d’un type vraiment archaïque.

3. Maintenant mon hypothèse principale est que ce Noir Parler fut désigné par Tolkien après quelques accointance avec le(s) langage(s) Hourrites-Urartiens. Sur la possibilité d’une telle accointance, voir la Note 4 ci-dessous. Pour le moment je veux accentuer le fait que le Hourrite en réalité est un langage ergatif agglutinant, où les pronoms personnels sont inclus dans les formes verbales; au passage, des formes jussives en Hourrite n’incluent jamais le pronom qui exprime l’agent/sujet d’une action transitive, mais incluent souvent le pronom, en exprimant son objet. Cf. la présence d’une formation "les", mais l’absence de toute formation exprimant l’agent, dans les formes verbales de l’inscription de l’Anneau. En Hourrite tous les cas excepté le nominatif sont exprimés avec diverses flexions; Le nominatif est exprimé par l’absence de flexion – à nouveau juste comme en Noir Parler.

Bien sûr, ici nous ne voyons que des parallèles grammaticaux; mais beaucoup de mots du Noir Parler ont beaucoup en commun avec les mots Hourrites-Urartiens. Considéréz la liste suivante (le formes en Noir Parler sont données en gras, les formes en Hourrite-Urartien en italique):

ash "un" / elle (racine sh-) "une"

durb- "gouverner" / turob- "quelque chose (de désastreux), qui est prédestiné à se produire; ennemi". (Cette traduction des principales sémantiques du Hourrite turobe comme "mal prédestiné" plutôt que juste un "ennemi" est basé sur le contexte de l’El-Amarna letter #24, où le mot apparaît dans une construction de type "si turobe se produit, - puisse-t-il ne pas se produire! – nous nous aiderons  les uns les autres avec des forces militaires". Les verbes donnent l’impression que "une destinée mauvaise en forme d’un ennemi" est la signification de turobe.)

at – formation de futur jussif/intentionnel dans des formes verbales / ed – formation du futur dans des verbes

-ul "les" comme objet d’action dans des formes verbales transitives / -lla, -l "les" comme objet d’action dans des formes verbales transitives

-ûk "complètement" en tant que morphème dans une forme verbale / -ok- formation avec une signification "pleinement, vraiment, réellement" dans une forme verbale

gimb- "trouver" / -ki(b) "prendre, rassembler"

thrak- "amener" / s/thar-(ik)- "demander, demander d’envoyer quelque chose à quelqu’un", signifiant ainsi "demander de/pour causer l’apport de quelque chose à quelqu’un".

agh "et" / Urartien aye, le même que "mit" et "bei" en allemand

burz- "sombre" / wur- "voir" en fait, mais la racine est présente dans wurikk- "être aveugle" et exprimerait en réalité quelque chose d’opposé à "voir, visible" avec n’importe quelle particule négative, parce qu’il y a une particule z en Hourrite avec la signification possible "être à l’extrême limite de, à la fin de, complet". Ainsi wur + z pourraient donner en réalité la signification "où la visibilité est près/à sa limite" – bien sûr ce n’est pas du Hourrite en tant que tel, mais un "jeu" possible de tout linguiste avec le matériel Hourrite.

krimp- "lier" / ker-imbu- "rallonger complètement/totalement/irréversiblement", si cela s’applique à une corde, par ex., cela convient au concept de "lier étroitement, fermement"

Au fait, Sauron signifierait "Celui qui est armé avec des Armes", "Celui qui est armé" en Hourrite (Sau "Les Armes" + -ra, terminaison de cas commitatif, + n - "Il" ou -on, onne, une terminaison nominalisée). [Le nom Sauron n’est pas en Noir Parler, mais en Quenya. L’observation de Nemirovsky est intéressante tout de même. - HKF.] Uglûk peut être traduit par "Epouvanter-tout le monde!", comme ugil- signifie "provoquer la terreur en quelqu’un" en Hourrite.

En prenant en compte le fait que nous ne connaissons que très peu de mots Orkish, ce fait nouveau que autant d’entre eux aient des parallèles possibles en Hourrite-Urartien semble plus significatif que ce cela aurait été autrement, et peut indiquer que nous sommes en face de quelque chose de plus qu’une pure coïncidence.

4. Est-ce que Tolkien pouvait connaître quelque chose au sujet du Hourrite? Oui, définitivement. Le problème est d’identifier le Hourrite comme un langage non-Indo-Européen, la connexion entre les Hourrites et les Aryens, les inclusions Aryennes dans le langage Hourrite – ces matières constituent un de problèmes prioritaires de la recherche Indo-Européenne, spécialement en relation avec l’histoire ancienne, des années 1920 et jusqu’en 1940. Il y avait juste une Bible pour étudiants anglais-sémitique, Speiser (auteur d’un commentaire fameux sur la Genèse), qui fut l’explorateur le plus actif de ce langage : En 1941 il publia sa Grammaire Fondamentale Hourrite, qui créa une vraie révolution dans ce domaine. Tout linguiste anglais profondément intéressé par les études Indo-Européennes, les langages anciens et les études de la Bible (et Tolkien convient parfaitement à ces critères) ne pouvait pas seulement, je pense, mais devait être au courant de cette matière. Ainsi Tolkien avait toute opportunité de lire le travail de Speiser (sans mentionner ses travaux antérieurs), et de le lire avec intérêt.

Bien sûr, ce n’est rien de plus qu’une proposition hypothétique. Mais en prenant en compte toutes les caractéristiques communes au Hourrite et à l’Orkish (au passage, leur phonologie ont quelque chose en commun aussi, et les racines de types "CCVC", "CVCC" et "VCC" sont typiques au Hourrite – un langage très "rocailleux" si on le compare aux autres langages de l’Ancien Orient) et la position du problème Hourrite dans quelques études linguistiques en Angleterre dans les années 20, 30 et 40, je ne peux que me demander: Et si JRRT avait réellement utilisé les connaissance avec le Hourrite en créant son Noir Parler?

BIBLIOGRAPHIE

E.A.Speiser, Introduction to Hurrian , The annual of the American Schools of Oriental Research, v. 20, N.H. 1941.

M.E. Laroche Glossaire de la Langue Hourrite. // Revue Hittite et Asiatique Tome XXXIV-XXXV, 1976-1977

N.M.Hacikyan. Hurritskij i urartskij yazyki. Erevan, 1985.