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Langages artificiels

par Robert Isenberg

 

taH pagh taHbe'. DaH mu'tlheghvam vIqelnIS.
quv'a', yabDaq San vaQ cha, pu' je SIQDI'?
pagh, Seng bIQ'a'Hey SuvmeH nuHmey SuqDI',
'ej, Suvmo', rInmoHDI'?

[To be or not to be, that is the question.
Whether 'tis nobler in the mind to suffer
The slings and arrows of outrageous fortune,
Or to take arms against a sea or troubles,
And by opposing, end them?]

Être ou ne pas être ! c'est là la question...
S'il est plus noble à l'âme de souffrir
les traits poignants de l'injuste fortune,
ou, se révoltant contre cette multitude de maux,
de s'opposer au torrent, et les finir?
-William Shakespeare, Hamlet
Traduit en Klingon par Nick Nicholas et Andrew Strader

Introduction: Le Langage Artificiel dans son Contexte

          L'étude d'un langage artificiel n'est pas chose facile. Les objectifs de leurs auteurs sont variés, quelques fois même ineptes. La majorité des systèmes artificiels, une fois créés ne sont jamais utilisés ou révélés par d'autres personnes que leur créateur, et par là peuvent difficilement être appelés "langages". Les caractéristiques distinctives par rapport à de vrais langages artificiels, codes et systèmes fonctionnels sont floues, et le fait de les identifier est souvent vu comme une erreur.

Une chose importante à garder à l'esprit, cependant, est que bien que les langages artificiels soient artificiels, ils n'en existent pas moins. Pour supposer qu'un langage artificiel est illégitime parce qu'un unique individu ou un seul groupe développa n'est pas seulement simplifier le problème mais aussi mettre de côté tout intérêt qu'il pourrait avoir. Des milliers de gens qui parlent différents langages artificiels tendent à ne pas être d'accord avec ce point de vue.

Cette étude vise à accomplir deux buts : d'abord, définir et identifier les langages artificiels, en les différenciant des langages qui pourraient être catégorisés. Deuxièmement, pour analyser le langage artificiel en termes d'origine, de but, de structure et d'audience.


I: Définition du langage artificiel

Une simple définition d'un langage artificiel est tout langage dont le vocabualire et la grammaire furent développée à partir d'une source individuelle pour elle-même. La source individuelle se réfère soit à un créateur ou un ensemble choisi de crateurs. Contrairement à un langage authentique, son impact émerge avec une relative soudaineté. Une grande quantité de temps peut avoir été nécessaire au cours de son développement, mais quand il est libéré pour les autres, le langage est fonctionnel du point de vue de la communication - par ex. le système peut être utilisé pour communiquer beaucoup d'idées.

Une autre qualification est induit dans la définition: le systéme est fonctionnel avant qu'il n'y ait de personnes qui le parle. Le créateur est dans presque tous les cas incapable de parler son propre langage artificiel, et crée des systèmes de vocabulaire et de grammaire plus vite qu'il ne peut être appris et employé.

La définition implique également que, alors que d'autres personnes aux côtés du créateur sont capables d'apprendre un langage artificiel, la raison en est artificielle parce qu'il est fonctionnel avant d'être un langage. Pour définir un système en tant que langage implique qu'il y a plus qu'une seule personne à le parler, ce qui suggère que ce type de système est strictement artificiel aussi longtemps qu'une seule personne le pratique, et devient un langage dès le moment où plusieurs personnes le pratiquent.

Cela ne signifie pas que le langage n'ait pas de raison d'être, mais que son but n'est pas fondamentalement idéologique. Des langages générés pour des raisons idéologiques sont similaires, mais en fin de compte différents. Dans le cas du Klingon et de l'Elfique, ils servent initialement des buts littéraires, mais dans les deux cas leur rôle est souvent de se servir eux-mêmes.
 

II: Identifier le langage artificiel

Trois facteurs déterminent l'authenticité d'un langage artificiel : le but, l'originalité et la taille.

Le but du langage est le marqueur le plus clair. Par cette définition, l'Espéranto ne serait pas considéré comme un vrai langage artificiel.

Il est sans doute, en dépit de l'anonymat de son travail, que Ludovic Lazarus Zamenhof créa volontairement le langage Esperanto en publiant une grammaire et un dictionnaire sous le titre de Langage International, Intraduction et Texte Intégral. Et, bien que sa femme rarement mentionnée, Clara Zilbernik, l'assista dans cette aventure, le langage peut être vu comme artificiel dès publication.

Il est également clair, cependant, que la fonction de l'Esperanto n'était pas son propre intérêt. L'Esperanto commença avec l'intention de devenir "le langage international", et fut taillé sur mesure afin de fournir un apprentissage facile pour les étudiants. La grammaire est délibérément simple et flexible, et les mots sont véritablement phonétiques. En dépit des difficultés qu'il pose pour les non-Européens (comme les lettres Romaines), son but est de servir une communauté réelle en devenant un langage réel.

Le langage qui l'inspira, Volapük, est un cas différent. Son créateur, un prêtre Bavarois nommé Johann Martin Schleyer, "librement basé [Volapük] sur des langages germaniques et romantiques".

Le Volapük "avait une grammaire compliquée avec des formes verbales sans terminaison. L'alphabet n'avait pas de "r" mais incluait les difficile voyelles allemandes "ä", "ö" et "ü". Des mots semblaient maladroits et sonnaient durement, ayant été fréquemment altérés et raccourcis qui ne ressemblaient que difficilement à leur forme naturelle desquelles ils avaient été dérivés."

Mais c'est précisément cette différence avec les langages existants qui fait que le Volapük est un langage complètement artificiel. Alors que le vocabulaire de l'Esperanto est clairement basé sur les langages Indo-Européens (ex. Halo = Hello, grava = important, barbaro = barbare) le Volapük déforme les mots de manière à les éloigner des langages modernes. Les échantillons de grammaire sont complexes non pour l'intérêt de l'étudiant, mais pour son propre intérêt. C'est là qu'est l'originalité; un langage artificiel peut être basé sur d'autres langages, mais pas de manière suffisamment significative pour être perçu comme un langage simplifié ou un dialecte artificiel. Comme pour l'Esperanto, le système est trop complexe pour être considéré comme un code, mais il sert idéalement comme une unique conjonction entre un langage simplifiré et la "lingua franca" - un mélange mutuel de langages existants que tout le monde peut utilser. Ceci est mis en évidence par sa méthode d'incorporation lexicals: "Une règle dit que des mots "étrangers", ceux que la majorité des langages ont pris d'une source commune, sont introduits dans l'Esperanto inchangés, sinon pour l'orthographe."

La taille du langage est aussi important. Ceci ne signifie pas seulement combien de mots existent dans ce langage artificiel, mais aussi combien de mots peuvent réellement être dits: les langages qui manquent de systèmes ou de règles pour certaines situations syntaxiques ne peuvent pas exprimer beaucoup d'idées.

Ce facteur est la cause de la chute de beaucoup de langages développées pour des cercles littéraires et de divertissement: alors qu'ils existent pour leur propre intérêt et incluent une grammaire originale et un vocabulaire, ils se targuent de seulement quelques centaines de mots et d'une grammaire imprécise et quelques fois inexistante, En accord avec Jeffrey Henning, éditeur de "Model Languages electronic newsletter", "Un langage censé être utilisé pour communiquer doit être plus ambitieux. Un tel langage requiert un vocabualire d'au moins 1000 à 2000 mots et une grammaire détaillée."

Il se réfère à l'auteur Harry Harrison come créateur du langage Saurien, qui consiste à seulement assez de mots pour servir sa nouvelle, "West of Eden". Ceci peut difficilement être considéré comme un langage artificiel, puisqu'il ne peut exprimer d'autres idées que celles exprimées dans le livre. Il mentionne aussi le Nadsat d'Anthony Burgess, le dialecte anglais fictif de "A Clockwork Orange". "Le lecteur se trouve en train d'apprendre le langage à chaque page, " observe Henning. "Apprendre par l'immersion. Le Nadsat a environ 300 mots."

Henning ne travaille pas avec les langages artificiels, cependant : il est plus intéressé par les modèles de langages, qui sont similiaires dans les sens que l'Esperanto peut être excusé en tant que langage artificiel. Les modèles de langages, explique-t-il, sont "tout à partir de quelques mots d'argot à un système rigoureusement développé et corrélé avec des langues imaginaires." Alors que ce dernier ne peut être conçu comme un langage artificiel, le premier est probablement trop limité pour convenir à la définition. Le but du langage n'est pas idéologique, qui tient plus du hobby, mais le langage cesse d'exister une fois que son créateur en perd l'intérêt.
 

III: Langages artificiels réels

Dans son essai sur le potentiel linguistique de la science fiction, l'auteur Suzette Haden Elgin décrit le genre comme "un laboratoire pour explorer des solutions linguistiques... parce que beaucoup d'expérimentations inglobant le langage ne peuvent être faites dans le monde réel - pour des raisons éthiques - nous avons la chance d'avoir la science-fiction. La science-fiction nous donne une "expérimentation mentale" où à la fois l'auteur et le lecteur peuvent essayer des choses et observer ce qui se passe."

Il est facile à expliquer, alors, pourquoi les deux langages artificiels les plus populaires sont dérivés de la science-fiction : le Klingon et l'Elfique. 

Le Klingon est le langage d'une race extra-terrestre fictive dans la série télévisée Star Trek. Cette race est agressive, ayant un mauvais caractère et militante. Alors que la série TV durait deux décennies sans langage Klingon officiel, on donna au linguiste Marc Okrand le challenge de développer non seulement des phrases pour les besoins du scénario, mais de dessiner un vocabulaire complet et une grammaire. Une fois fini, le langage fut publié dans son entier en tant que "Dictionnaire Klingon". Selon l'Institut de Langage Klingon, plus d'un millier de personnes dans plus de trente pays ont appris le Klingon depuis la publication du dictionnaire en 1985.

L'Elfique se compose en réalité de deux langages, le Quenya et le Sindarin, qui servent de langage aux Elfes dans le "Seigneur des Anneaux" de J.R.R. Tolkien. Tolkien commença à créer ce qui a été décrit plus haut comme modèle de langage, son "vice secret". A l'école élémentaire il a été supposé avoir créé, à l'aide de ses amis, l'Animalique (un code) et le Nevbosh (un modèle de langage). Le Nevbosh "était principalement un mélange d'anglais tordu, de français et de mots latins. Cela ne représente pas une rupture réelle avec l'anglais et les autres langages normaux."      


Quand il commença à jouer avec l'Elfique, Tolkien généra les deux langages artificiels sur une longue période de temps, générant une structure phonétique, des systèmes d'écriture et une grammaire. Selon Tolkien, l'Elfique "était censé (1) être définitivement d'espèce européenne, dans le style et les structures (pas en détail); et (b) est particulièrement plaisant. Le premier n'est pas difficile à accomplir, mais le dernier est plus difficile, puisque les prédilections individuelles varient largement d'une personne à l'autre. Le Quenya et le Sindarin suivent des modèles Finois et Gallois, respectivement, et incorporent des racines de mots Indo-Européens, mais la majorité du vocabulaire (plusieurs milliers de mots) est de son cru.

 

IV: Klingon

Dans la mythologie de Star Trek, le langage Klingon est une organisme ancien et un symbole de fierté pour la communauté. Leur propre culture et valeurs préoccupent les Klingons, malgré leur tradition guerrière. Leur langage est guttural, agité et atonal. La structure grammaticale consiste en des affixes modelés; une pause glottal mal placée ou une syllabe de trop peut rendre une phrase fonctionnelle incohérente. bel, être content, se change en mubel, ils me contentent, en mubellaH, ils peuvent me contenter, en mubellaHtaH, ils sont toujours capables de me contenter, et ainsi de suite. Une phrase entière peut consister en un mot et tous les affixes appropriés:         

 

mubelnISlaHbejtaHbe'
Ils n'ont clairement plus bsoin de me contenter davantage

Des critiques se plaignent que, alors que le langage est fonctionnel, il n'a pas de valeur esthétique, qui, probablement, n'est pas une préoccupation des Klingons. Les H, Q et q profondément gutturaux rendent le langage déplaisant à l'oreille, et les pauses fréquentes ( signifiées par une apostrophe) ralentissent considérablement le Klingon.         

Cependant, le Klingon est venu par lui-même. L'Institut du langage Klingon édite un journal trimestriel (HolQeD) qui "comprend des colonnes, articles, interviews et lettres explorant le langage Klingon." Des enregistrements de conversations sont disponibles pour l'orateur en pleine expansion, ainsi que le (légèrement satirique) Klingon for the Galactic Traveler, par Marc Okrand.

Ce dernier véhicule des informations sur "les dialectes régionaux de l'Empire" et "les réponses appropriées verbales, physiques et culturelles." Cette information est la suite de l'affirmation du Dictionnaire que "il y a de nombreux dialectes du Klingon... seul un de ces dialectes, que parle l'empereur actuel des Klingon est représenté dans ce dictionnaire." Bien sûr à la publication du dictionnaire, il n'y avait pas de tels dialectes, parce qu'il n'y avait pas autant de personnes qui parlaient le Klingon.

Tout dialecte doit soit évoluer au cours des millieurs de conversations en Klingon, soit émerger soigneusement de la propre imagination de Okrand.

Les enthousiastes du Klingon sont maintenant intrigués par le langage de certaines pages web, comme celle qui appartient à ToDbaj, "un excentrique Klingon", qui peut se visualiser soit en Klingon, soit en Anglais. Des contributions sont constamment faites au dictionnaire Klingon, plusieurs centaines d'entre elles sont listées dans la section Mots Canon Additionnels de la page web KLI. Par elles-mêmes ces additions apportent une foule d'informations au sujet de ces nouveaux objets: butlh, ou saleté sous les ongles, HuchQed, ou economie, et même quelques termes vulgaires (ngech peut signifier soit vallée, soit décolleté, selon son usage).

Il impossible de dire quand un langage artificiel devient un langage authentique. Certes il y a un nombre comparable de Klingons auto-proclamés qui parlent le Gaelique, mais si le Klingon gagne en légitimité dépend d'abord si on peut le prendre au sérieux.

Ses efforts de sérieux sont rassemblés dans le matériel littéraire que les personnes qui parlent le Klingon et les traducteurs ont apportés au monde du Klingon. Alors que la série TV et les films fournissent une quantité de Klingons fictifs, et donc beaucoup d'opportunités dans le script d'étendre la connaissance et le folklore de la race Klingon, plusieurs orateurs ont commencé à traduire les canons anglais. Les deux plus fameux projets sont Hamlet et le Book of Paul.

Les deux traductions viennent de Nick Nicholas et Andrew Strader, qui ont déjà eu du succès en publiant Hamlet dans sa forme originale Klingon. Alors que ceci est une vaste plaisanterie basée sur une ligne dans le sixième film Star Trek, le projet lui-même est pris au sérieux comme tout autre projet majeur de traduction. Les linguistes font même face à des problèmes qui affectent aussi les langages non-artificiels, comme la manière de traduire le mot Dieu. Les Klingons ne sont certainement pas athéistes, étant donné le haut niveau de fierté qu'ils montrent dans le programme, mais aucune divinité réelle n'est jamais mentionnée. D'où les traducteurs L'appelèrent joH'a' 'e', ou Grand Seigneur.

Voici encore un exemple de où est la ligne entre l'artificiel et l'authentique devient élastique: Star Trek n'a jamais fait référence, dans toute son histoire, à la Chrétienté ou au Christ. Alors que les personnages se réfèrent souvent à des auteurs "séculaires" (Shakespeare, Melville, Goethe), la religion est seulement effleurée dans les communautés extra-terrestres. Dès lors il semble que traduire la Bible est plus important pour les orateurs Klingon (c'est-à-dire les orateurs Klingon du monde réel) que ce n'est approprié pour la mythologie de Star Trek.
 

V: Quenya et Sindarin

Alors que Marc Okrand était chargé de prendre part au projet Klingon, Tolkien n'avait pas de telles motivations. Il voulait que sa construction de langage soit personnelle. 

Dans l'article de Helge Fauskanger, "Le Vice pas si secret de Tolkien", il relate que que Tolkien "simula des changements dans une histoire imaginée". D'abord il pourrait sembler sans rapport que Okrand ne créa pas l'univers de Star Trek, que le phénomène Star Trek est généralement attribué à l'auteur/metteur en scène Gene Roddenberry, alors que Tolkien façonna son langage dans un monde de sa fabrication. Ce sont tous deux, après tout, des mondes fictifs.        

Mais, contrairement à Star Trek, où le langage s'adapte à la culture, Tolkien écrivit dans une de ses lettres que "Personne ne me croit quand je dis que mon long livre est une tentative de créer un monde dans lequel une forme de langage agréable selon mon propre goût esthétique semble réel. Mais c'est vrai." Dans son livre, The Monsters and the Critics, Tolkien élabora sur ce point : "Si vous construisez une langage artificiel sur des principes choisis, vous pouvez écrire de la poésie dans ce langage - aussi loin que vous le fixezm et courageusement habitez par vos propres règles, résistant à la tentation du suprême despote, de les altérer."

D'où nous ne voyons pas un langage émergeant après le fait, mais un langage et une culture qui mûrissent simultanément. Les peuples de la Terre-du-Milieu de Tolkien, vivant dans leurs divers pays, ont chacun une longue histoire, détaillée intimement dans son Silmarillion. Comme le langage évolua dans l'esprit de Tolkien, la culture de la Terre-du-Milieu évolua aussi. Un échantillon de poésie Quenya et Sindarin émaille les pages du Seigneur des Anneaux.

A nouveau, au contraire de Okrand, Tolkien compila une liste d'étymologies, mais pas de dictionnaire standard ou de grammaire. Dans le Retour du Roi, il ajouta un guide de prononciation et quelques remarques sur les Tengwar, un alphabet de la Terre-du-Milieu, mais principalement seuls des poèmes épars révèlent les langages de la Terre-du-Milieu. Des bribes d'autres langages (plus des modèles que artificiels) comme le Westron ou l'Entique, font des débuts occasionnels, mais ils ne sont pas significatifs de milieu de Tolkien.

Une autre caractéristique de l'Elfique est l'évolution du langage avec le contexte des nouvelles. Fauskanger observe que le Quenya et le Qenya primitif, qui se prononcent de la même manière, représentent différents états dans le même langage. Il cite un ancien poème Qenya et le compare à une version en Quenya tardif du même poème:

QENYA

Man kiluva lómi sangane 
telume lungane 
tollalinta ruste,
vea qalume,
mandu yáme,
aira móre ala tinwi
lante no lanta-mindon? 

QUENYA

Man kenuva lumbor ahosta,
Menel akúna,
ruxal' ambonnar,

ëar amortala,
undume hákala
enwina lúme elenillor pella
talta-taltala atalantië mindonnar?

Ce poème représente une sorte d'évolution intérieure, par laquelle le langage se modifie lui-même au cours du temps, comme un langage authentique, comme le résultat de personnes fictives parlant ce langage.            
                       

VI: Quenya comme langage authentique?

Après la mort de Tolkien, l'étude de l'Elfique (pour le Quenya et le Sindarin) devint populaire. Le Quenya est clairement le plus populaire, mais les personnes parlant ces deux langages entretiennent des chat-rooms, agendent des conférences, et, comme on va en parler plus tard, créent des listes d'e-mails pour la discussion des langages de Tolkien.         

Quelques dictionnaires Quenya et Sindarin avaient été compilés - quelques uns faisant autorité plus que d'autres - et postés sur Internet. En fait, Internet est devenu un forum pour ceux qui pratiquent tous les langages artificiels à succès. S'ils peuvent être considérés comme artificiels ou non, l'Esperanto et le Lobjan basés sur la logique sont également tous deux utilisés partout dans le monde électronique.

L'Elfique n'a pas le budget et la centralisation du Klingon, ceci est plus qu'évident. Alors que le langage de l'Institut du Klingon offre des marchandises, des effets sonores téléchargeables, et un club officiel, beaucoup de sites en relation avec l'Elfique sont personnels. La question est inévitable : qui du Klingon ou de l'Elfque est le plus légitime pour être un langage authentique?

Le Klingon avec toute sa publicité, amène des nouveaux pratiquants par douzaines. Alors qu'il n'y a pas de littérature de basse, ils traduisent celle des autres et développent la leur.

Le Quenya pendant ce temps, n'est de loin pas si prolifique. Un des sites les plus populaires, Tyalië Tyelelliéva, est la création personnelle de Lisa Star, qui fut basé sur le principe que "J'ai senti qu'il devrait y avoir plus de poésie Elfique dans le monde." En tant que canal pour les arts, elle offre des prix de poésie, une publication de E-zine-status, et un accès à l'Elfling list.

Ce que Tyalië Tyelelliéva prouve est que des contributions peuvent toujours être faites au langage. L'étude de l'Elfique, en dépit des grammaires conjecturales établies par ses linguistes, semble une source viable de nouvelle littérature. Dans l'article perspicace de Helge Fauskanger sur la sortie du copyright, il argue que l'utilisation du langage (ex: en l'employant, le critiquant et le référençant), est entièrement légal. La sortie fut apportée pas des accusations du contraire, une sortie que Zamenhof interdit formellement dans son introduction à l'Esperanto.

Mais si des contributions peuvent être faites, le sont-elles? Cette question suscite une étude supplémentaire de la liste de diffusion l'Elfling, qui fut établie pour faciliter la discussion du langage de Tolkien, Au cours d'un mois, les messages e-mail furent reçus et leur contenu analysé. Les analyses concernaient ce qui suit:

1) Est-ce que les auteurs s'adressent l'un à l'autre en utilisant des saluts Elfiques?
2) Est-ce que les auteurs utilisent l'Elfique dans leurs écrits (poésie, messages, etc.)?
3) Est-ce qu'ils discutent de l'histoire/étymologie?
4) Est-ce qu'ils discutent de grammaire?
5) De quel genre étaient les auteurs?

Les résultats de l'enquête sont comme suit:

Est-ce que les auteurs s'adressent l'un à l'autre en utilisant des saluts Elfiques?                   
Oui          8.77%                                                           
Non          91.23%                   

Est-ce qu'ils discutent de l'histoire/étymologie?
Non          68.42%
Oui          31.57%

Est-ce que les auteurs utilisent l'Elfique dans leurs écrits (poésie, messages, etc.)?                            
Oui          14.04%
Non          85.96%

Est-ce qu'ils discutent de grammaire?
Oui          87.72%
Non          12.28%

         

Des messages postés, 82.46% furent postés par des hommes, 8.77% par des femmes, et 8.77% ne purent être identifiés.

         

Alors qu'une liste de diffusion peut difficilement être concluante, les résultats indiquent difficilement que l'Elfique n'est pas utilisé comme un langage au plus comme une aire d'étude. Le nombre limité de personnes l'utilisant réellement suggère que écrire ce langages (beaucoup moins le parlent) n'est pas ce qui interpelle la majorité des étudiants. En fait, dans une revue électronique avec trois utilisateurs du Quenya, un dit qu'il a traduit des passages de la Bible et écrit de la poésie, et peut composer "sans avoir à consulter aucune source, dictionnaire, etc." Tous les trois répondirent qu'ils pouvaient le lire, un d'eux avec "quelques facilités", mais un autre argua que "je ne crois que ce soit possible" de parler couramment le Quenya.

Quand on leur demande s'ils ont créé des mots eux-mêmes, tous agréèrent que, bien que ce soit la pratique commune de remplir les manques du langage, aucun mot n'a été créé arbitrairement. Si de nouveaux mots Quenya ont été générés, ils furent basés sur soit l'ancien Qenya ou le système radical du Sindarin. Puisque le dessin du langage était censé être poétique, les utilisateurs du Quenya semblent ouverts à de nouvelles phrases et à une élaboration habile sur des mots existants.

Parce que le texte-source ne peut pas être continué (Tolkien lui-même est mort), et le langage ne peut pas être étendu par son créateur, l'étude du Quenya semble ne pas être juste un champ posthume en termes de Tolkien, mais posthume dans le sens que l'Elfique se comporte comme une langue morte. Juste comme le Latin fut modifié mais le vocabulaire resta largement le même après la chute de l'Empire Romain, l'Elfique semble être plus une poursuite étudiante qu'une lange pratique. Alors que le Klingon peut servir comme utilitaire de communication, l'Elfique est plus un fenêtre littéraire sur un esprit d'auteur, plus la manière d'apprendre le Grec est une fenêtre sur l'esprit de Socrate, ou l'Aramaic est une fenêtresur le Talmud.

Dire que l'Elfique est mort est proposer qu'il fut vivant autrefois, et cela semble peu vraisemblable dans le monde réel. Pour Tolkien, cependant, le langage était suffisamment réel pour les résidents de la Terre-du-Milieu.

VII: Conclusion: Le Futur des langages artificiels

Parce que le phénomène des langages artificiels est tellement rare, il n'y a aucun moyen de deviner ce qui leur est réservé: y aura-t-il de nouveaux langages artificiels, étant donné l'intérêt soudain pour le Klingon et l'Elfique? ou est-ce que les gens vont se satisfaire avec ces deux?

Est-ce que quelqu'un ayant un hobby peut générer un langage suffisamment populaire pour être considéré comme un langage artificiel, et est-ce que les langages artificiels actuels vont un jour devenir des langages authentiques, utilisables à la maison ou au travail?

A ce moment un langage artificiel n'est plus une expérience ou même une nouveauté; dans le cas du Klingon et de l'Elfique, ils ont dépassé la compréhension d'un seul individu.

Un étudiant sur l'Elfling écrivit cette réplique en réponse à une question sur la prononciation du Quenya:       

Même si l'Elfique était un langage réel, nous serions incapables, en l'absence d'information de la part des gens de langue maternelle... de faire mieux que deviner son détail phonétique; en l'état, c'est un langage fictif, et les questions de détail phonétique auxquels on ne peut fondamentalement pas répondre.

Alors que beaucoup d'auteurs essayent de maintenir l'illusion que le Sindarin et le Quenya sont des langages authentiques, ledit auteur répondit à la question avec un manque d'espoir clairvoyant. Le sentiment est indubitablement commun, étant donné le fait que Tolien laissa un héritage plus concret que des notes.

Toujours est-il que le fait qu'une question puisse être posée au sujet de la prononciation révèle un intérêt sous-jacent pour la construction du Quenya en une forme utilisable en le manipulant pour convenir aux buts des communiquants. Si cela portera ses fruits est inconnu, mais comme le concept des langages artificiels l'atteste, ce qui peut être imaginé est souvent réalisé au-delà de nos attentes.

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